La décisive rencontre

Livraison collective, mai 2010

« La décisive rencontre », c’est par cette solennelle formule que Salah Stétié résume sa première lecture de Baudelaire, alors qu’il n’avait que quinze ans, et qu’il était élève chez les pères Jésuites à Beyrouth. Un « condisciple russo-iranien » lui met Les Fleurs du mal entre les mains, et l’adolescent reçoit « la première gifle absolue de la poésie. »

En plaçant cette invitation à contribuer sous le signe de la rencontre, A sauts & à gambades souhaiterait donner l’occasion de revenir sur un moment de sa vie que l’art, la poésie ou la musique a bousculé, voire, définitivement réorienté. Ce pourra être l’évocation d’un texte, d’une mélodie ou d’une photographie que la mémoire a immédiatement retenus, et pour la vie, son écho, son reflet, sa trace en soi ; le souvenir d’un paysage, d’un portrait qui fut l’occasion d’une pensée inédite. Ou bien le sentiment que, malgré les siècles de distance, la différence de langue et de culture, notre destin est désormais lié à celui de cet être dont les passions, les aspirations et les luttes ont touché notre cœur : un poète, un philosophe, et pourquoi pas un personnage de roman. Mais ce peut être aussi une rencontre manquée, que l’on pensait qui serait décisive, et qui s’avéra décevante, ainsi la représentation de la Berma à laquelle assista le jeune Marcel…

Mais ce ne sont là que des pistes, et chacun, jouant avec sa pudeur, luttant contre les pièges de la mémoire, offrira librement le témoignage de cette « décisive rencontre », sous la forme qui lui semblera convenir: méditation, rêverie, hommage, récit autobiographique, poème, ekphrasis…

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[…] je trouvai […] des poèmes et des nouvelles dont j’avais eu la pensée, mais vague et confuse, mal ordonnée, et que Poe avait su combiner et mener à la perfection. Telle fut l’origine de mon enthousiasme et de ma longue patience.

Baudelaire à Armand Fraisse, le 18 février 1860

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© Amélie Tcherniak