Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma

En résumé : une très bonne idée, mais un livre mal équilibré, qu’on a envie de lâcher plus d’une fois, avant que… Qu’on soit récompensé, mais seulement lors des cinquante dernières pages ; le livre en fait presque quatre cents. L’idée est en effet très stimulante : un écrivaillon en fin de carrière prétend élever un peu son chant en écrivant cette fois un livre de qualité : une biographie (enfin) complète de Ludovico Lauter, le plus grand écrivain que la terre ait porté ; avant de saper la légende en révélant les bassesses qui ont conduit Lauter au succès. Après quoi les dix dernières pages offrent une révélation ultime que je tairai ici. Celle-ci est à peu près bien ménagée, je laisse l’auteur tranquille sur ce point.

Le problème de ce livre, qui malheureusement n’est pas raté, sans quoi je ne perdrai pas mon temps à en parler, c’est qu’il est mal équilibré : 290 pages pour parler de la vie de Ludovico Lauter, mais alors d’une façon vraiment vieillotte, plan-plan, genre rédaction de troisième, un petit côté « la marquise sortit à cinq heures » – on se demande au bout de deux cents pages pourquoi on tourne encore les pages. Secundo, lorsque le narrateur-écrivain avoue qu’il est allé débusquer son auteur fétiche vieillissant, qu’il le séquestre et le torture pour lui extorquer la vérité sur les moments obscurs de sa vie, eh bien cela est liquidé en cinquante pages, à peine. Il fallait donc retrancher cent cinquante pages à la première partie : y brosser à grands coups de pinceaux, avec un peu de cynisme et d’ironie, la légende rebattue de Ludovico Lauter, pour ensuite tirer dans le tas et donner de quoi manger au lecteur, car la dimension d’enquête biographique subversive est passionnante et aurait pu donner lieu à un déchaînement de violence à l’égard du vieillard, à des aveux en pleurs, à des prières et des repentirs, que sais-je encore ! Mais davantage que ces cinquante pages qu’on a à peine le temps de savourer. Et cela n’aurait pas mal servi le propos ultime du livre, que l’on découvre dans les dix dernières pages.

Alessandro de Roma, Vie et mort de Ludovico Lauter, traduit de l’italien par Pascal Leclercq, Gallimard, Du monde entier, 2011, 370 p., 25€

One thought on “Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma

  1. Helene Kowal mercredi 2 janvier 2013 / 14:27

    J’adore cette critique ! Vous me faites sourire… Je viens de terminer « la fin des jours » que j’ai beaucoup aimé et je pensais commencer celui-ci… je continue de réfléchir finalement ;)

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