La Tombe du tisserand, Seumas O’Kelly

Créées en 2009, les éditions Attila ont réédité un texte d’Aubier-Montaigne, la traduction de The Weaver’s Grave, un petit roman, je dirais même une grande nouvelle de Seumas O’Kelly (1891-1918), présenté en quatrième de couverture comme l’un des plus grands nouvellistes irlandais. C’est d’abord un beau petit livre, blasonné d’une gravure de Frédéric Coché, dont d’autres gravures sont reproduites dans un petit dépliant joint au livre, et revêtu d’une jaquette en papier calque qui porte le nom et le titre. Un livre que j’eus la chance de trouver en farfouillant dans une petite librairie de Rouen, en marge des grands circuits de distribution du livre.

Dans quelque village de la campange irlandaise, le tisserand Mortimer Hehir vient de mourir, il faut l’enterrer à Cloon na Morav, le champ des morts. Il ne sont plus que deux à avoir le privilège d’être enterré là, eu égard à l’ancienneté du cimetière : « Le simple fait d’être enterré à Cloon na Morav valait en soi une épitaphe ». – Il y a de belles pages dans le Journal d’Aran de Nicolas Bouvier sur un veux cimetière de ce genre, dans l’abbaye de Clon-mac-noïse, dont les sépultures étaient si convoitées « que même les attorneys du pays le plus procédurier du monde y perdaient leur mauvais latin. » ; puis, précise Bouvier « Les quelques épitaphes du vieux cimetière qu’on peut encore déchiffrer n’inspirent en tout cas aucune inquiétude quant au salut de ceux qui reposent ici. » – Mais où est sa tombe ? ni le vieux cloutier, ni son acolyte le vieux casseur de pierres ne s’en souviennent, ni la veuve de Hehir. « Mortimer Hehir avait passé, pareil à quelque astronome, savant et solitaire, qui aurait découvert une étoile et aurait gardé, jalousement enfermé dans son cœur, le secret de sa beauté incomparable, tout à la fois joie caché de se dire que le nom de cette étoile allait voguer en compagnie du sien à travers les espaces célestes jusqu’à la fin des temps – mais qui aurait oublié d’en noter la position sur ses carnets parmi les constellations connues. » (p. 57) – A coup de discussions presque absurdes entre les deux acolytes, d’expédition chez le vieux tonnelier, fantastique et mourant, pour qui tout ce monde n’est qu’un rêve, O’Kelly dépeint avec une ironie complice, une tendre malice une Irlande rurale pleine de fantômes, solidement attachée à ses traditions. Surtout, une belle fable sur l’individualité, le rêve et le repos de l’âme. Je n’en dis guère plus, mais vous recommande chaudement ce texte ; je ne tarderai pas à me procurer les nouvelles traductions d’O’Kelly parues récemment aux éditions Anabet, Le Farfadet de Kilmeen.

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Seumas O’Kelly, La Tombe du tisserand, Attila, traduit de l’anglais (Irlande) par Christiane Joseph-Trividic et Jean-Claude Loreau, 2009, 122 p., 15 €

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