Trois fils

Trois fils, dont les images se mêlent dans mon esprit ; trois fils dont il faudra à nouveau que je raconte la légende. Télémaque, Hippolyte, Enée.

Le premier, à qui j’ai consacré déjà une note, dont le sentiment d’impuissance m’a ému, ainsi que le mal qu’il à se reconnaître comme fils d’Ulysse.

Le second, quand chez Racine il exprime un vœu pareil à celui de Télémaque, partir sur les traces de son père disparu, quand ayant cédé à Vénus il se sent honteux de n’avoir pas la gloire guerrière de son père qui excusait son tempérament volage. Hippolyte, donc, pour cette contradiction.

Enée, enfin, quand il se charge du fardeau de son père, Enée portant Anchise et s’enfonçant, le l’imagine, sous le poids grandissant du mort sur son épaule. Saint Christophe dans je ne sais quel miroir déformant, ironique.

2 thoughts on “Trois fils

  1. desheuresoisives vendredi 20 novembre 2009 / 13:12

    Ce mal du fils, c’est aussi, dans certaines des plus belles page d' »Ulysse », le mal de Léopold Bloom.
    Chez Joyce, cette incapacité à être la figure du fils mène jusqu’à la castration et à l’incapacité de s’affirmer comme père (« Je désire tant être mère », dit-il).
    Il y a là quelque chose d’émouvant, en effet, dans cette série de personnages incapables de s’assumer comme fils. Je pense encore à Hamlet (personnage qui subit lui aussi une castration, mentale cette fois-ci, le menant à l’impossibilité d’agir).
    Chez Joyce comme chez Shakespeare, le rapport amoureux est constamment brisé car leurs personnages se trouvent incapables, étant prisonniers de leur situation filiale, d’accomplir l’acte reproductif. Devenir père, c’est aussi, s’affranchissant, devenir père de soi-même et prendre en main sa situation (ce dont Bloom et Hamlet sont incapables).

    La figure du fils a toujours, dans la littérature européenne, quelque chose d’un crucifié, d’un abandonné. Un peu comme le Christ, autre grande figure filiale, à ses derniers instants.

  2. Pauline Régnier dimanche 14 février 2010 / 0:55

    Le traitement de cette figure est passionnant chez Jacques Audiard, dont elle irrigue toute l’oeuvre.
    Gaudé l’interroge également de manière intéressante dans La Mort du roi Tsongor.
    Une figure toujours active, donc, malgré le cri nervalien « Le dieu manque à l’autel où je suis la victime… »

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