Grinçant Baudelaire

Le patient lecteur de poésie sait que ce mot ne désigne pas seulement une catégorie de la littérature, mais un pli profond de l’être, sensible au delà des vers et malgré la multiplicité des langues. Le voilà donc, non pas jeté parmi des textes, mais égaré au milieu d’une brume, où certes résonnent la musique familière des vers, où se rappellent leurs saillies et leurs langueurs. La brume s’épaissit à mesure que les noms des poètes se dissipent, se déchirent sur le gouffre d’où remonte lentement l’évidence de représentations archaïques, de sons et d’images simples. Ainsi je ne puis expliquer ce qui me fait entendre, sous le nom de Baudelaire, un grincement, un ample grincement, grave, sévère, pénible à supporter, celui sans doute qu’une lourde porte en chêne fait émettre à ses gonds ; un grincement que ne suffisent pas à expliquer l’omniprésence de la mort dans l’esprit du poète, l’ambiguïté de ses aspirations spirituelles, ses accès d’orgueil ou ses moments d’humiliation. Non pas le grincement d’un rire cynique, mais celui d’un étrange, un angoisseux dénouement.

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