« Une barque dans la tempête », poème

UNE BARQUE DANS LA TEMPÊTE

C’est une barque dans la tempête,
Qu’assaillent, revenus du fond des eaux,
Des noyés suppliants. Ils se sont un à un
Lentement détachés de la vase,
Des couches crispées de mémoire et de boue
Où s’étaient englués leurs destins.
Une même prière les a recomposés:
À la surface parmi l’écume et les écailles,
Ô refleurie ! leurs corps renaissent, multipliés.
« Remontez, remontez encore, et luttez ! »
Leurs membres gonflés et blancs s’accrochent
A la nef en péril qui chavire presque.
On dirait un monstre de souffrance énorme,
Que fait se tordre et hurler le remords.
« Venez ! dit le poète, montez à bord,
Alourdissez ma barque, aggravez sa dérive. »

La barque s’élargit, s’approfondit pour accueillir
La chair inerte qui s’entasse au centre.
La barque prolongée s’enfonce,
Jambe engourdie dans la vase des morts,
Dans la vase froide qui l’attire, la dévore.
Toujours plus bas le talon curieux, avide,
Pousse, remue. Un frisson de bonheur
Réveille les corps noirs mêlés,
Retournés jouissant du membre qui les fouille :
« Raclez nos cerveaux délabrés » disent-ils.

© Maxime Durisotti, 2008

Dante et Virgile aux Enfers
Dante et Virgile aux Enfers, Eugène Delacroix

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