Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini

Dans les veines ce fleuve d'argent

La traduction française de ce livre italien de 2006 est parue il y a quelques mois chez Gallimard, dans la belle collection L’Arpenteur. L’auteur, Dario Franceschini, est président du groupe parlementaire L’Olivier à la Chambre des députés italienne. Dans les veines ce fleuve d’argent est son premier roman. Il est étonnant que ce livre ait fait si peu de bruit lors de sa sortie ; rien à voir avec le tintamarre de la rentrée littéraire, cet événement si français. Bien loin des modes, l’auteur a signé un petit roman dont le ton poétique et la richesse imaginaire en font un texte attachant, dont la notoriété est encore confidentielle. Il convient aussi de saluer Chantal Moiroud pour la qualité du texte français qu’elle nous offre.

Primo Bottardi, devenu vieux, décide de retrouver un ami d’enfance pour répondre à une question que celui-ci lui avait posée plus de quarante ans auparavant. On accompagne alors Primo dans son voyage de village en village sur les bords du Pô, suivant la trace de son ami d’enfance devenu pêcheur d’esturgeons en amont du fleuve. Primo remonte le cours du temps avec celui du fleuve. Et l’on fait connaissance avec une Italie amicale et sympathique, à laquelle les bœufs, les charrettes, les lavandières et les petites auberges donnent une couleur authentique et fraternelle.

Le fleuve est le centre de gravité du roman, auquel se rattachent tant de récits et de souvenirs ; source de beauté et de mort, de sensualité et de folie : c’est sur ses berges que certains s’éveillèrent aux plaisirs de l’amour, c’est lui aussi qui prit un fils à cette femme qui depuis se lamente chaque matin et fait retentir ses cris dans toute la ville. Tout le roman est une lente révélation du lien intime, essentiel qui existe entre le Pô et ceux qui résident sur ses bords, du pouvoir transcendant du fleuve. Ainsi commente un des personnages, après qu’un cheval de halage enlisé dans un haut-fond ait cessé de lutter pour sa survie :

D’ailleurs c’est un cheval du fleuve et il a travaillé trop longtemps dans des campagnes lointaines. Depuis qu’il est revenu, il ne pense qu’à mourir dans son eau. Je le comprends. Nous la regardons chaque matin, nous la buvons, elle nous fait vivre, nous en rêvons la nuit. Notre monde est ici, entre les digues, et c’est là que nous voulons mourir. En dehors, c’est la terre des autres.

p. 101

*

C’est un petit livre bien écrit, un petit roman qui se lit en à peine quelques heures – presque trop court, on est parfois frustré de la rapidité avec laquelle un souvenir est évoqué. Mais la narration fluide du livre rend agréable le glissement de l’une à l’autre scène, du présent au passé ; ce n’est pas la complexité des sentiments humains qui importe, mais la fragilité de la conscience que tout trouble, et surtout la polyphonie engendrée par le fleuve : récits, souvenirs, légendes, tout ce par quoi se fait sentir la loi du destin de tous les individus. La multiplicité et la variété des scènes évoquées compensent l’économie de l’écriture, faisant du livre même un fleuve imaginaire.

Enfin, on ignore jusqu’à la toute dernière page la question à laquelle est venu répondre Primo… Dans les veines ce fleuve d’argent est un de ces livres dont l’histoire se précipite vers une scène finale éblouissante, par quoi tout ce qui fut vu, rêvé ou pensé avant prend sens, une révélation qui sanctionne les errances du personnage. Là encore, on en voudrait un peu plus, habitués que nous sommes aux longues épiphanies proustiennes ; mais une page suffit à Dario Franceschini, qui laisse son personnage au moment le plus crucial de son destin, et le lecteur au point de plus haute intensité poétique de son livre, qu’il referme le cœur ébloui.

*

Dario Franceschini, Dans les veines ce fleuve d’argent, Gallimard, L’Arpenteur, 2008, traduit par Chantal Moiroud, 152 p, 13 €

Prix Bacchelli 2007 ; Prix du premier roman de Chambéry.

Note de lecture sur Telerama.fr, par Martine Laval.

Le site de Dario Franceschini.

leslivres

One thought on “Dans les veines ce fleuve d’argent, Dario Franceschini

  1. versionscelestes mardi 2 septembre 2008 / 12:34

    Merci pour cette présentation. J’ai hâte d’avoir ce livre entre mes mains.

    Salutations célestes.

    Versions

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