« Des maîtres vénitiens… », poème

Des maîtres vénitiens…

Il a fait chaud ce jour que tu rêvas
D’un bleu nouveau, fébrile, inquiet.
L’orage menaçant, le ciel froissé,
Et peut-être d’un dieu la jambe de lumière
Qui troue l’espace et fauche les lointains
Et fait de ce peu d’herbe, ici ramassée,
Tout un pays de chair et de musique.
Oh ! le délassement dans les draps coulissants
De l’été ! Houle, bonheur
Que pas un nombre n’ordonne ;
Mais ces plus douces mélodies, plus hautes,
Celles qu’on n’entend pas,
Elèvent une ronde calme, joyeuse,
Le feu mesuré et continu que rêvent les poètes.
Et l’on s’endort, la tête et le corps pleins
De ce bourdonnement par quoi le temps déborde.

Des maîtres vénitiens ma mémoire a mêlé
Deux, puis d’autres toiles :
L’une a troublé l’autre,
Puis l’une à l’autre s’est tressée ;
Au fond de moi nouée, resserrée,
C’est une écharpe de couleurs qui ceint
La souche double d’ébriété lucide.
– L’orage, ce fut un pont inachevable ;
Les ultimes pas se sont dissipés,
Vertige intense, ébloui dans les voûtes.
Bien que la musique fût renversante,
Que le geste s’égarât, distraitement,
Jouant parmi colonnes et nuages,
L’ivresse fut discrète dans l’éther,
Disparaître dignement, dérive aérienne…

© Maxime Durisotti, Août 2008

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