Ultimes vérités sur la mort du nageur, Jean-Yves Masson

Ultimes vérités sur la mort du nageur, Jean-Yves MassonPeu de temps après avoir publié ses Neuvains de la sagesse et du sommeil – second volume d’une trilogie entamée chez Cheyne Editeur avec les Onzains de la nuit et du désir (1995) – Jean-Yves Masson publie un recueil de nouvelles chez Verdier, où il a déjà publié un roman (L’isolement, 1996), ainsi que des traductions de Rilke, Hofmannsthal, Yeats, Luzi…

Au centre de ce livre, l’expérience d’un lieu marquant, tantôt connu jadis, tantôt rêvé, mais aujourd’hui inaccessible. Presque tous les personnages ont dû quitter ce lieu, et cèdent un jour à l’impulsion d’y revenir afin de percer, peut-être, le mystère de leurs origines. A la recherche de leur maison natale, de la contrée où ils grandirent, ils sont parfois contraints de prendre conscience du rêve qui les leurre. Mais, fous ou lucides, ils comprennent que ce rêve est leur seul bien :

Je garde comme un trésor dans ma mémoire le nom de la demeure où je suis né, où je suis vraiment venu au monde, s’il est vrai que l’être humain naît les yeux fermés et que c’est à cet endroit-là que j’ai ouvert les yeux sur la beauté des choses. Je me souviens du parc, de la lourde grille de l’entrée, des allées de roses que ma mère soignait fidèlement de longues heures durant, l’été.

La prose de Jean-Yves Masson est pleine de cette fascination pour le monde, dans son évidence, au hasard de sa composition. C’est cette même fascination qui conduit le personnage de la première nouvelle à vouloir saisir toute la magie d’une place de marché dans le cours d’une phrase sans fin, absorbé par la volupté d’écrire. Mais les paysages de J.-Y. Masson ne sont pas de simples images séduisantes. Il tente plutôt de restituer la présence d’un paysage, la densité d’un lieu où ont pu plonger les racines d’un destin, et où peut-être s’est forgée la sensibilité particulière revendiquée par plusieurs des personnages.

La dernière nouvelle – qui a donné son titre au livre – est peut être aussi la plus pénétrante. Le héros n’y est plus celui qui dit « je », il ne s’agit plus de rendre compte des tourments d’un moi entre ses désirs, ses illusions, ses fautes. Le narrateur s’efface pour évoquer la vie d’un nageur aux aptitudes physiques exceptionnelles qu’anime un profond besoin de spiritualité :

Il répétait souvent que l’important n’était pas l’activité à laquelle on consacrait ses forces, mais la quantité d’inconnu que l’on parvenait à faire surgir grâce à elle.

La grandeur de son ambition et le cours de son destin inspirent l’admiration et le respect ; la grâce qu’il suscite fait de ce nageur le semblable de ces figures qui donnent à la vie la grandeur et la majesté d’une expérience absolue : le Wang-Fô de Marguerite Yourcenar, ou encore le vagabond de Rabindranath Tagore. Et la voix du narrateur s’efforce de rassembler ce destin, dont il fut le témoin émerveillé comme on l’est d’un geste pur. Les dernières lignes de la nouvelle – si poétiques – suggèrent admirablement l’idée maîtresse du recueil : la possession d’un lieu, sa connaissance véritable, ne dure qu’un instant qui consume tout l’être.

*

Jean-Yves Masson, Ultimes vérités sur la mort du nageur, Lagrasse, Verdier, 2007, 122p., 10 €

Prix : Bourse Thyde Monnier de la SGDL, automne 2007 – Prix Renaissance de la nouvelle, 2008 – Bourse Goncourt de la nouvelle 2008

Entretien avec Jean-Yves Masson sur le site postskript.com

Chronique parue sur www.biffures.org en octobre 2007, légèrement remaniée.

Voir la fiche sur le site des Editions Verdier.

leslivres

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