A propos de ce blog…

Je voudrais que le lecteur trouve toujours ici un lieu de réflexions et de propositions faites en toute humilité, avec l’audace qu’il faut pour prétendre les rendre publiques. J’entreprends de publier ici ce qui trouverait sa place dans un carnet, mais mieux mis en forme et offert comme une invitation à la conversation : notes de lecture, méditations sur un poète ou un peintre, rêveries, commentaires, propositions critiques : tout ce par quoi l’esprit se perd et tente de se retrouver, son questionnement ininterrompu.

Montaigne écrit que ce n’est pas la vérité qu’il interroge ou qu’il poursuit, mais, au travers des divers sujets qu’il traite, lui-même. Son geste d’écrivain est doublé d’une volonté critique qui le pousse à se chercher dans ce qu’il écrit :

Qui sera en cherche de science, si la pesche où elle se loge : il n’est rien dequoy je face moins de profession. Ce sont icy mes fantaisies, par lesquelles je ne tasche point à donner à connoistre les choses, mais moy : elles me seront à l’adventure connues un jour, ou l’ont autresfois esté, selon que la fortune m’a peu porter sur les lieux, où elles estoient esclaircies. Mais il ne m’en souvient plus. Et si je suis homme de quelque leçon, je suis homme de nulle retention. Ainsi je ne pleuvy aucune certitude, si ce n’est de faire connoistre jusques à quel poinct monte pour ceste heure, la connoissance que j’en ay. Qu’on ne s’attende pas aux matieres, mais à la façon que j’y donne. Qu’on voye en ce que j’emprunte, si j’ay sceu choisir dequoy rehausser ou secourir proprement l’invention, qui vient tousjours de moy. Car je fay dire aux autres, non à ma teste, mais à ma suite, ce que je ne puis si bien dire, par foiblesse de mon langage ou par foiblesse de mon sens.

Montaigne, “Des livres”, Essais, II, X

Quelle humilité que celle de Montaigne, qui prend conscience que lui seul est garant de ce qu’il dit. Il découvre en même temps la relativité absolue de sa parole et de son jugement, et la responsabilité qui, de fait, lui incombe ; bien qu’il ait conscience que l’écriture est vouée à la seule expression de sa singularité, il l’investit d’une quête de soi. Telle est la leçon de Montaigne : découvrir que toute prétention à la vérité est illusoire, et réorienter le questionnement sur lui-même ; son siècle mit à jour la vanité du langage, il en rédime l’usage dans la découverte et la création de la subjectivité. Mais est-il aussi détaché de ses sources qu’il le prétend ? Bien qu’il dise ne recourir à la citation que pour suppléer la “foiblesse de son langage”, une bonne partie de son travail fut de coudre ensemble des citations, de rassembler ses souvenirs de lecteur dans le flux d’un propos où se forme progressivement le sens critique. C’est aussi ce que j’essayerai de faire : écrire en ayant toujours un souci de nouveauté et d’authenticité, mêlant l’invention et la réflexion. Je n’écris pas pour donner mon opinion sur le monde actuel : beaucoup d’autres blogs le font pour que mon opinion soit bien représentée quelque part ou ailleurs sur la toile ; c’est pour mieux me connaître que j’écris, non pour afficher mon savoir :

J’en ai beaucoup vu qui philosophaient bien plus doctement que moi, mais leur philosophie leur était pour ainsi dire étrangère. Voulant être plus savants que d’autres, ils étudiaient l’univers pour savoir comment il était arrangé, comme ils auraient étudié quelque machine qu’ils auraient aperçue par pure curiosité. Ils étudiaient la nature humaine pour en pouvoir parler savamment, mais non pas pour se connaître ; ils travaillaient pour instruire les autres, mais pas pour s’éclairer en dedans. Plusieurs d’entre eux ne voulaient que faire un livre, n’importait quel, pourvu qu’il fût accueilli. Quand le leur était fait et publié, son contenu ne les intéressait plus en aucune sorte, si ce n’est pour le faire adopter aux autres, et pour le défendre au cas qu’il fût attaqué, mais du reste sans en rien tirer pour leur propre usage, sans s’embarrasser même que ce contenu fût faux ou vrai pourvu qu’il ne fût pas réfuté. Pour moi, quand j’ai désiré d’apprendre, c’était pour savoir moi-même et non pas pour enseigner ; j’ai toujours cru qu’avant d’instruire les autres il fallait commencer par savoir assez pour soi, et de toutes les études que j’ai tâché de faire en ma vie au milieu des hommes il n’y en a guère que je n’eusse faite également seul sur une île déserte où j’aurais été confiné pour le reste de mes jours.

Rousseau, Rêveries du promeneur solitaire, “Troisième promenade”

J’irai au gré de ce qui m’inspirera, et toujours dans le souci de donner une forme au monde, de le rassembler, car c’est bien de cela qu’il s’agit : chercher un peu d’ordre entre tout ce qui se présente à nous.

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