“Rembrandt”, poème

2 04 2008

REMBRANDT

I

Ce n’est pas, je crois, qu’à l’obscurité,
Tu veuilles arracher. Tu es penché, plutôt,
Sur ses nappes, sa profondeur, ses caves …
Peindre, n’est-ce pas qu’un feuillage, vers nous,

Se tourne lentement, s’éclaire ? N’est-ce pas
Recueillir l’eau quand elle affleure librement ?
– C’est l’étonnement du capitaine, témoin
De sa propre apparition dans la nuit –

Oui, tu n’as souvent fait qu’ébaucher, que
Laisser vivre ce qui se lève dans la brume.
Ta lumière, comme d’amour, est lavée

Presque désarmée. Ton regard, c’est abriter
Près de soi, dans le creux de tes mains
Que le soir ou la rouille resserrent.

II

Oh, je sais bien que jamais livre
N’épuisera tous les visages levés :
Proue lente mais sûre… feu ! que le ciel
Sable qui danse, brille et retombe.

O ciel bleu qui me scrutes… le geste
De ta pureté me dévaste ; sème en moi
Le remords et la honte. O volupté
De la terre retournée et traversée.

Une voix s’assemble : « Consens
Au délire, aux cent songes, veilleur :
Salubre pluie… puis prends ma torche :

Ne cueille pas un fruit, écho toujours
D’un plus profond qui tremble ;
Ecoute : fil d’or dans la nuit. »

© Maxime Durisotti, 2008


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